Carnet de Marc Pautrel

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mercredi 3 mars 2010

Jour 62

La rage m'a statufié.

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Si j'étais un bon écrivain, je serais un moulin à prières efficace, au lieu de quoi la réalité me tient tête.

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Prends garde aux démons en blouse blanche, ce sont les plus dangereux.

mardi 2 mars 2010

Jour 61

J'incline le sol, je modifie l'assiette, je ne fais rien d'autre : déplacer légèrement les axes du monde pour que vous éprouviez des sensations.

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Tu as fait ton travail, tu as été à la hauteur, tu as bien mérité une grande nuit de sommeil.

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Le présent revivant le passé, voilà l'existence extatique.

lundi 1 mars 2010

Jour 60

Mon corps n'est encore qu'un brouillon, une aube mal éclairée.

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Tu ne dois pas trébucher, toutes les étoiles te regardent.

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Les histoires sont impatientes, elles s'agitent dans le stylo, font bouillir l'encre du réservoir.

dimanche 28 février 2010

Jour 59

Je suis exténué et plus seul qu'une pierre, mais je sais que j'ai raison, que le futur est dans ma main.

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Tu fais la part entre ceux qui t'ont aidé et ceux qui t'ont abandonné, et les faits sont têtus.

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Toute la journée je plante des arbres, des chênes, des ifs, des oliviers, des séquoïas.

samedi 27 février 2010

Jour 58

Tes ennemis ont les mains entravées, tu dois en profiter.

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Ne laisse jamais personne te voler ta vie, ta vie c'est l'écriture et rien d'autre.

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Toutes les femmes me font penser à elle.

vendredi 26 février 2010

Jour 57

J'étais là, je peux tout raconter minute après minute.

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Tu traces un cercle magique autour de toi et plus rien ne peut t'arriver jusqu'à l'achèvement du livre.

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Il descend plus profond que tous les autres auteurs et ramène des diamants dont la couleur semble impossible.

jeudi 25 février 2010

Jour 56

Écris les yeux fermés, laisse au dehors l'ancien monde épuisé.

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Je ne suis qu'un instrument, mais j'ai ma pleine conscience.

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Tu brises les squelettes comme du petit bois pour faire ton feu.

mercredi 24 février 2010

Jour 55

Chaque jour, c'est un choc effroyable entre mes mots et le monde : parfois ils sont pulvérisés, parfois ils triomphent et décalent le réel.

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Je ne vis pas dans une ville, je vis dans une couleur, j'habite bordeaux.

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Ta seule destination, c'est l'horizon.

mardi 23 février 2010

Jour 54

Je remontais lentement l'estuaire à la nage, contre la marée, à la nuit tombante et malgré la pluie, car c'était mon destin.

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Tu as un coeur qui bat en cadence à la façon d'une horloge.

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Nous cherchons tous le moyen de nous enfuir, le passage souterrain, le tunnel secret qui débouche à l'air libre.

lundi 22 février 2010

Jour 53

J'ai recommencé à grandir, comme si j'étais un enfant.

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Affaiblis tes ennemis et renforce tes amis.

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Tu vois, tu te souviens, tu écris, tu publies, tu vois.

dimanche 21 février 2010

Jour 52

Je vais à l'école toutes les nuits.

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Il ne faut pas laisser passer l'heure et rater le départ : il y a un instant où on doit plonger et un instant où on doit sortir de l'eau.

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Tu continues de creuser ton trou sans jamais t'arrêter.

samedi 20 février 2010

Jour 51

Un seul de tes regards change les montagnes en plaines, fait reculer les forêts et se construire les routes.

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Dans la guerre des mots, on ne fait pas de prisonniers.

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Je n'aurai qu'une seule colère dans toute ma vie, puisse-t-elle ne jamais naître.

vendredi 19 février 2010

Jour 50

Ce qui voudra te résister sera réduit en poudre.

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Le sage nous apprend que lorsque l'écrivain écrit, il doit n'avoir aucun scrupule.

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Je recommencerai cent millions de fois le même geste, et toujours dans le même sens.

jeudi 18 février 2010

Jour 49

Toutes les secondes vécues, archivées et empilées l'une sur l'autre, carrées comme des casiers et hautes comme des tours.

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La pelote de laine se rembobine à grande vitesse sous mes yeux.

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Tout l'univers connu et inconnu est contenu à l'intérieur de moi, je cherche seulement à ouvrir la fissure qui le laissera échapper.

mercredi 17 février 2010

Jour 48

Mets la muraille à terre ou bien tourne les talons.

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Cette nouvelle cicatrice verticale qui barre mon sourcil et me marquera sans doute pour la vie, c'est parce qu'il y a trois mois j'ai heurté la porte du placard de ma cuisine, et tout est véridique.

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On n'a pas le choix, c'est manger ou être mangé : manger l'univers ou être mangé par lui.

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