Carnet de Marc Pautrel

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jeudi 11 mars 2010

Jour 70

Durant cette courte vie, tant de lieux différents où j'ai posé les yeux.

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L'immense paquebot, le navire aux dimensions du continent, c'est toi, les lecteurs sont des passagers.

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Mes phrases montent la garde jusqu'au pied de mon lit, mes phrases m'entourent et me protègent.

mercredi 10 mars 2010

Jour 69

Si tes mains poussent la muraille suffisamment longtemps, elle cédera.

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À aucun prix je ne quitterais le corps de Marc Pautrel pour un autre.

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Tout le temps qu'on écrit, on a la chance d'être en fuite : loin des barbelés, loin des barreaux.

mardi 9 mars 2010

Jour 68

Mes morts me parlent.

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Certains mots du dictionnaire n'obéissent qu'à moi, très bientôt je saurai lesquels.

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Tu cherches une femme dont le corps puisse remplacer la voûte céleste.

lundi 8 mars 2010

Jour 67

Si je laisse le sommeil me gagner, c'est fini, je coule à pic et l'océan me digère.

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Parfois, avoir écrit le texte d'un livre suffit, le publier devient superflu.

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Toute la nuit, les animaux sauvages vont danser autour de ton corps et te faire la fête.

dimanche 7 mars 2010

Jour 66

Le sol que vous foulez cache toutes les pensées oubliées des morts.

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C'est au milieu des batailles que tu as appris comment te protéger.

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Je ne suis qu'un appareil de mesure ultra-sensible, un sismographe humain.

samedi 6 mars 2010

Jour 65

Ma vraie taille est insoupçonnable.

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Certains soirs, les mots ne veulent plus t'obéir.

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Je monte sans repos, je gravis, j'escalade jour et nuit, mais je ne sais pas où je vais, je suis un alpiniste aveugle.

vendredi 5 mars 2010

Jour 64

Je viens de passer une porte, ou plutôt une porte est passée de l'autre côté de moi.

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À chaque livre que tu écris, ton corps s'amenuise.

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Je replace simplement les lettres dans le bon ordre.

jeudi 4 mars 2010

Jour 63

Tu connais ta destination et tu connais ta position, alors marche.

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Le ciel n'est pas découpable, il est donné d'un bloc.

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Dans une heure, ta pensée vit l'équivalent d'une journée, donc pour toi un jour terrestre vaut 24 jours personnels, et 10 journées font 8 mois d'existence.

mercredi 3 mars 2010

Jour 62

La rage m'a statufié.

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Si j'étais un bon écrivain, je serais un moulin à prières efficace, au lieu de quoi la réalité me tient tête.

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Prends garde aux démons en blouse blanche, ce sont les plus dangereux.

mardi 2 mars 2010

Jour 61

J'incline le sol, je modifie l'assiette, je ne fais rien d'autre : déplacer légèrement les axes du monde pour que vous éprouviez des sensations.

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Tu as fait ton travail, tu as été à la hauteur, tu as bien mérité une grande nuit de sommeil.

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Le présent revivant le passé, voilà l'existence extatique.

lundi 1 mars 2010

Jour 60

Mon corps n'est encore qu'un brouillon, une aube mal éclairée.

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Tu ne dois pas trébucher, toutes les étoiles te regardent.

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Les histoires sont impatientes, elles s'agitent dans le stylo, font bouillir l'encre du réservoir.

dimanche 28 février 2010

Jour 59

Je suis exténué et plus seul qu'une pierre, mais je sais que j'ai raison, que le futur est dans ma main.

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Tu fais la part entre ceux qui t'ont aidé et ceux qui t'ont abandonné, et les faits sont têtus.

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Toute la journée je plante des arbres, des chênes, des ifs, des oliviers, des séquoïas.

samedi 27 février 2010

Jour 58

Tes ennemis ont les mains entravées, tu dois en profiter.

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Ne laisse jamais personne te voler ta vie, ta vie c'est l'écriture et rien d'autre.

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Toutes les femmes me font penser à elle.

vendredi 26 février 2010

Jour 57

J'étais là, je peux tout raconter minute après minute.

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Tu traces un cercle magique autour de toi et plus rien ne peut t'arriver jusqu'à l'achèvement du livre.

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Il descend plus profond que tous les autres auteurs et ramène des diamants dont la couleur semble impossible.

jeudi 25 février 2010

Jour 56

Écris les yeux fermés, laisse au dehors l'ancien monde épuisé.

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Je ne suis qu'un instrument, mais j'ai ma pleine conscience.

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Tu brises les squelettes comme du petit bois pour faire ton feu.

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